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Cadran magique, boussole d’or ou roue de la fortune ?

Nous sommes tous familiers du « Magic Quadrant » du Gartner Group qui régulièrement positionne les offres des éditeurs selon une habile échelle qui « comme à l’école des fans » permet à chacun d’expliquer que tout le monde a gagné.

Les petits éditeurs sont des valeurs qui montent et qui existent puisque telle une déclaration que n’aurait pas reniée Sartre « j’existe puisque je suis dans le Cadran magique ».

Les poids lourds ont comme principal enjeu tels des Tryphon Tournesol de se trouver les plus au Nord-Est du cadran et surtout les plus détachés de toute âme à proximité.

Je me suis amusé à suivre l’évolution de ce jeu de marelle sur  5 ans, que constate t’on ? :

Au même titre que les marchés automobiles, sidérurgiques, textiles ou pharmaceutiques, les leaders d’il y a 5 ans sont devenus de plus en plus gros, de plus en plus pérennes, ont croqué les petits, les moyens puis se sont mangés entre eux pour devenir incontournables. On appelle cela une maturité de marché, une rationalisation de « l’industrie » du logiciel. Ces nouveaux Tycoons proposent désormais de larges gammes de produits depuis l’utilitaire jusqu’à la berline de luxe en passant par la low cost et la luxueuse ostentatoire.

Quelle place reste t’il aux émergents ? La même stratégie que pour tout acteur de petite taille positionné sur une industrie mature : « faire différent ». Dans l’industrie logicielle cela se traduit par mieux, plus performant, plus pertinent, plus innovant, plus agile ou moins cher. On constate dans ces mêmes cadrans l’entrée-sortie de nombreux éditeurs qui soit se sont fait croquer par l’appétit féroce des mastodontes soit ont disparu corps et biens dans la cohorte des éditeurs qui comme au cinéma ou dans la musique « n’ont pas trouvé leur public ».

Les mutations des marchés déjà concentrés nous apportent cependant quelques enseignements qui vont à court ou moyen terme s’appliquer au marché de la Business Intelligence.

Au chapitre des points négatifs

  • Le consommateur voit ses choix se restreindre au sein de gammes éditeurs élargies,
  • Une politique de conquête cross référence se met en place dans une stratégie de captation maximale du client,
  • Les clients captifs (ERP & BI) voient leurs marges de négociation diminuées,
  • les politiques de prix sont dictées non pas par la valeur ajoutée du produit mais par la nécessité de rembourser les acquisitions en augmentant notamment les taux de maintenance,
  • Les éditeurs tentent d’aligner leurs prix avec la concurrence,
  • Les distributeurs voient leurs marges et territoires se réduire, ils sont préservés sur les seuls segments laissés à l’abandon par l’éditeur,
  • La réduction du nombre d’acteurs du CPM (Gestion de la performance) risque d’augmenter les coûts de licence de ces produits,
  • L’innovation n’est plus le moteur, elle passe après la rationalisation.

Les points positifs

  • Les contrôles de qualité et intégration logicielle sont améliorés,
  • Le support mutualisé est souvent de meilleure qualité et plus rigoureux,
  • Pour les clients prêts à accepter toute l’offre, des gains sont à attendre notamment sur les packages analytiques entre ERP et BI,
  • La tarification pour les grands clients peut réduire la BI à une « feature » d’une négociation globale licence incluant des licences ERP, Middleware, et bases de données réduisant drastiquement le coût de la licence utilisateur,
  • La concentration de gros acteurs peut favoriser l’apparition d’acteurs émergents détenteurs de technologies innovantes ou issus du monde libre,
  • Des éditeurs « low cost » vont tirer leur épingle du jeu avec l’émergence  notamment du monde libre  et  le renforcement de Microsoft.

En conclusion, on peut considérer qu’il ne reste plus que 5 grands éditeurs mondiaux dans le domaine de la BI dont SAS reste à ce jour le seul « pure player » global et indépendant. IBM, SAP et Oracle ont besoin de rembourser leurs acquisitions en maintenant un niveau de prix relativement élevé ce qui laisse un boulevard à Microsoft et à l’Open source pour maintenir des exercices de démocratisation en dynamitant le rapport coût/performance des infrastructures. Le Magic Quadrant ne risque-t’il pas demain de démontrer que la Business Intelligence est devenue une roue de la fortune à 5 cases occupées par des leaders bien décidés à  intégrer les clients et prospects dans une portion de leur camembert désormais devenu de la taille d’un Brie de Meaux ?

A vos posts pour en débattre.